Les provenances nous invitent au voyage, découvrons celles de l’émeraude. Voyager autour des provenances de l’émeraude pourrait s’avérer long et fastidieux. Ainsi une sélection arbitraire autour des gisements les plus connus ou récents a été décidée.
La Colombie est souvent le premier pays dont la provenance est associée aux émeraudes. La population locale connaissait et exploitait déjà cette pierre précieuse au moment de l’arrivée des Conquistadors sur le territoire du Nouveau Monde au XVIème siècle. Muzo, Chivor, Coscuez, Galacha, Penas Blanca sont des noms de sites miniers découverts pour certains au XVIème siècle, puis oubliés, ou découverts plus récemment pour d’autres. Les mines d’émeraudes sont situées au nord ou à l’est de Bogota, dans le département de Boyaca, dans les vallées de la cordillère des Andes centrale, orientale et occidentale. Ce département du Boyaca, c’est le croissant vert avec quelque 150 sites miniers. Nous savons aussi que l’histoire de l’émeraude se confond parfois avec celle de trafics illicites. Ainsi en 1973, le gouvernement colombien délimite un espace comme « zone de réserve naturelle des émeraudes » et met en valeur la production.
Brésil : Les premières émeraudes brésiliennes ont été découvertes au début du XXème siècle. L’exploitation est répartie dans de nombreux états et de nombreuses localités minières dont les découvertes s’échelonnent du début du XXème siècle aux années 60 puis autour des années 80 et même aux années 2000. Ces deux dernières périodes de découverte ont permis au Brésil de devenir le premier pays producteur d’émeraudes en quantité.
Dans l’Etat de Bahia, ce sont plusieurs districts qui se distinguent, ceux de Salininha, Socoto, Carnaibà.
Dans l’Etat de Goïas, nous notons le site de Santa Terezinha de Goïas dont la formation géologique s’apparente à celle des émeraudes de Colombie.
Dans l’Etat du Minas Gerais proche de la ville d’Itabira, nous pouvons relever les mines Belmont et Piteira. Le site de Nova Era n’en est guère éloigné.
Zambie : La découverte d’émeraudes date des années 30, la production commerciale importante débute dans les années 70. Les années 2000 marquent une évolution très importante dans l’approche de l’exploitation minière. La région de Kafubu abrite la plus grande mine d’émeraudes « du monde », la mine Kagem exploitée par la société Gemfields. L’exploitation est très mécanisée, très structurée, et très organisée. Des ventes de la production sont organisées en Zambie. Puis les pierres brutes qui ont été classées, triées sont acheminées jusqu’à Jaipur, Inde, pour y être taillées.
Il existe aussi une production d’émeraudes dans la zone de Musakashi qui est effectuée par la population locale, de façon artisanale.
Madagascar : Les premières pierreries envoyées en France en provenance de Madagascar datent de 1547. Les premiers échanges commerciaux avec des comptoirs installés à Fort-Dauphin ont lieu à partir de 1643. Les études et travaux minéralogiques et géologiques réalisés par Alfred Lacroix (1863 – 1948) lors de son seul voyage à Madagascar en 1911 sont considérables. Mais on ne connaît à ce jour que deux gisements d’émeraude à Madagascar : le gisement de Mananjary près de la côte Est et le gisement de Ianapera au centre de la Région Sud, dans la province de Tuléar.
Les premiers indices d’émeraudes sont décrits en 1962, cependant il faudra attendre le début des années 1980 pour que débute l’exploitation d’émeraudes sur le gisement de Manajary. Le gisement de Ianapera, fut découvert en 1989.
Du grec smaragdos ou latin smaragdus nous parvient la signification du mot émeraude, c’est une pierre verte.
Les anciens attribuaient aux pierres une origine surnaturelle et toutes sortes de pouvoirs, découvrons ici certaines de ces histoires.
L’émeraude est une des pierres les plus recherchées pour sa couleur verte caractérisant la nature, le renouveau du printemps, la jeunesse éternelle.
Il parait que « les Arimaspes, peuple légendaire, les arrachent aux gryphons qui les gardent. Celles qui ont la meilleure renommée sont celles que le regard peut traverser et dont l’éclat colore de vert l’air qui est autour, et celles qui ne modifient ni le soleil, ni la lumière brillante, ni l’ombre. Celle dont la surface est plane, ou de forme concave, à la manière de celle de la surface de l’eau, repose la vue de celui qui la regarde. La renommée affirme que Néron s’en servait comme miroir quand il prenait plaisir à regarder les combats de gladiateurs. Les meilleures pour cela sont celles qui sont plates ». Ce texte est extrait des poèmes de Marbode, évêque de Rennes au XIème siècle de notre ère.
Les propriétés gemmologiques servent à identifier les gemmes. Ces propriétés se structurent autour de trois items : propriétés chimiques, optiques et physiques.
Nous ne passerons pas en revue toutes ces différentes propriétés. Cependant il nous semble intéressant d’en préciser certaines. Une propriété importante la valeur de l’indice de réfraction compris entre 1,560 et 1,600. La biréfringence complète cette notion dont la valeur est comprise entre 0,008 et 0,010. L’éclat de cette pierre fine est décrit comme étant vitreux. La dureté définie par l’échelle de Mohs, est de 7,5. La densité définie par la poussée d’Archimède est comprise entre 2,68 et 2,80.
La pureté n’est pas l’apanage de l’émeraude. Cette gemme présente des inclusions de givres liquides décrites comme étant le jardin de l’émeraude. Une diversité de cristaux positifs se distingue, calcite, pyrite, chromite, mica, amphiboles pour ne citer que les principaux. Les inclusions à trois phases (état liquide, gazeux et solide de la matière) sont fascinantes souvent à associer à la provenance colombienne.
Des cristaux négatifs tels des canaux parallèles où la lumière se réfléchit, s’ils sont nombreux et que la gemme est taillée en cabochon, il peut résulter un effet œil-de-chat. Des zones de couleur droite avec une saturation plus ou moins marquée complète cette description.
L’émeraude « trapiche » présente un aspect de roue à écraser la canne à sucre. Cette cristallisation est exceptionnelle, faite de six secteurs entourant un cristal hexagonal central. Cette formation peut-être taillée perpendiculairement à l’axe de croissance et donner des cabochons très prisés.
L’aspect Gota de Aceite ou goutte d’huile de la texture interne de l’émeraude a longtemps été lié à la provenance Colombie, cependant des émeraudes en provenance de Zambie peuvent présenter cet aspect sirupeux.
Bien que la compréhension de ces inclusions présente un intérêt d’identification, leur limitation accentuera la limpidité de la pierre précieuse.
La famille minéralogique de l’émeraude est le béryl, nous élargirons cette famille à l’aigue-marine, l’héliodore, la morganite, la bixbite, le béryl vert, le béryl jaune, le béryl maxixe.
L’émeraude est une pierre précieuse comme le sont le diamant, le rubis et le saphir.
Sa couleur verte s’étend du vert clair avec une pointe de jaune à un vert saturé avec une pointe de bleu. Une émeraude est recherchée pour son vert profond, lumineux, vif et avec très peu d’inclusions.
Une émeraude taille émeraude, c’est la forme hexagonale du cristal brut qui inspira directement cette forme. Ce rectangle à pans coupés est obtenu en sciant par le milieu, de haut en bas, le brut. Ainsi deux parties de dimensions très similaires et proches de la forme finale sont préservées.
L’émeraude est taillée dans toutes les autres formes de facettage, et aussi en cabochon ce qui permettra de la valoriser lorsqu’elle n’est pas de grande qualité.
Quelques spécimens seront décrits ici.
A Vienne, Autriche, au Kunsthistorisches Muséum nous pouvons admirer un flacon à onguents réalisé dans un bloc d’émeraude. L’empereur Rodolphe II fit venir ce brut d’émeraude de Muzo en Colombie. Dionysio Miseroni le tailla à Prague en 1641 et pour limiter la perte, suivi le contour du bloc qui est constitué de deux pierres accolées et irrégulières. Le couvercle provient de l’intérieur de la gemme. Cette émeraude pèse 2680 carats.
A Londres, au British Muséum est exposée l’émeraude Le Devonshire, un cristal brut d’un vert soutenu de 1384 carats. Extraite de la mine de Muzo, Colombie, elle fut offerte en 1831 à William Cavendish, le 6ème duc de Devonshire par l’empereur Pierre 1er du Brésil.
Le traitement des gemmes sert à l’amélioration de celles-ci. Comme évoqué plus haut l’émeraude présente un grand nombre d’inclusions et surtout des inclusions en jardin. Ces givres qui sont des fêlures internes limitent le déplacement de la lumière à l’intérieur de la gemme. Ainsi en remplissant ces givres ouverts sur l’extérieur de la gemme, par de l’huile naturelle et incolore nous jouons sur la transparence de celle-ci.
Différents niveaux de traitement sont réalisés sur les émeraudes. Nous venons d’évoquer le huilage à base d’huile naturelle et incolore. Des huiles naturelles et colorées, des résines artificielles incolores ou colorées ont été détectés grâce à des instruments techniques et scientifiques de laboratoire. Ces traitements doivent être signalés, cependant l’huile naturelle et incolore est tolérée car ce traitement est quasi systématique.