Guide saphir

Saphir

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Saphir

La connaissance, l’étude, l’utilisation du saphir est à la fois très ancienne et très actuelle. Une évolution importante dans le marché des saphirs s’observe à partir de 1980. Ce tournant est défini par les découvertes des gisements en Australie, en Chine et la modernisation ou l’apparition des traitements pratiqués sur cette pierre précieuse. Le marché des gemmes et notamment du saphir est à fort potentiel économique. Les études constantes de l’amélioration des gemmes, des nouveaux gisements favorisent l’évolution des outils d’identification. La caractérisation de la provenance, de la modification de la gemme suite à un traitement sont des enjeux majeurs pour les laboratoires de gemmologie autour des corindons rubis ou saphir.

Provenances du saphir

Les provenances nous invitent au voyage, découvrons celles de saphir. Partir sur les traces du saphir nous mène sur tous les continents. Nous choisissons d’évoquer les gisements historiques, récents dont l’impact est indéniable. L’Asie, continent composé de nombreux pays est un vaste plateau minéralogique. Le saphir est présent dans de nombreux états, Viêt-Nam, Cambodge, Laos, Chine. Puis autour de la chaîne montagneuse de l’Himalaya, Népal, Tadjikistan, Afghanistan une exploitation sporadique de saphirs existe. Nous nous arrêtons au Cachemire et en Thaïlande. Cachemire : Cette région est située sur le continent indien entre l’Inde, le Pakistan et la Chine. Pour aller chercher les saphirs, il faut se rendre dans les montagnes de l’Himalaya, à plus de 4 000 mètres d’altitude, dans les mines de Padder. Ces mines sont situées dans la vallée du Zanskar et ont été exploitées de 1881 à 1979. Elles sont officiellement fermées. Ainsi le saphir du Cachemire est considéré comme « vieille mine », c’est-à-dire une pierre dont l’exploitation est fermée ou épuisée. Ce n’est pas tout à fait exact, il existe encore aujourd’hui une production marginale. Autrefois les saphirs servaient de monnaie d’échange avec du sel provenant de Chine. Thaïlande : Les premières traces de gemmes provenant du Royaume du Siam (aujourd’hui Thaïlande depuis 1949) datent du XV siècle. Ces gisements, anciennement connus des populations locales, ont été redécouverts au XIX siècle. Dans les années 1990, Kanchanaburi, la colline des gemmes et Bo Ploï, sites les plus connus, fournissent en masse, près du tiers de la production mondiale. La ville de Bangkok est devenue le centre incontournable du négoce des gemmes, du traitement et de leur fabrication synthétique. Sri Lanka : L’île nommée Ceylan jusqu’en 1972, est l’une des régions du monde les plus productrices de gemmes. Cette provenance est connue depuis l’Antiquité. Le saphir est exploité dans la région de Ratnapura, la cité des gemmes, au sud-ouest de l’île. D’autres concentrations de gemmes dans la province centrale autour d’Elehara ou la province du sud sont riches en saphirs. Les gemmes sont mélangées aux graviers gemmifères, l’illam. En Afrique, c’est en Afrique de l’Est que le saphir est extrait. Il est présent principalement en Tanzanie et au Kenya. Ces gisements sont qualifiés de récents, même si la connaissance de la présence de saphir peut dater du début du XXème siècle. En effet il faut attendre les années 1990 pour voir apparaître ces gemmes sur les marchés internationaux. Madagascar, la richesse minéralogique de l’île est bien connue. Des observations et des descriptions importantes datent du début du XXème siècle. L’exploitation et la découverte successive de gisements de saphirs courant des années 1990 et 2000 renforce la présence et l’intérêt de ces pierres précieuses sur les marchés internationaux. Les gisements de saphirs sont localisés dans différentes provinces s’étendant de l’extrême nord au sud avec une présence indéniable dans le centre de l’île. Australie : Le premier saphir australien a été découvert en 1853, dans la région d’Inverell, Nouvelle Galles du Sud. Puis ce sont d’immenses champs d’alluvions, riches en saphirs, qui sont découverts en 1870. L’extraction massive de deux régions, la Nouvelle Galles du Sud et le Queensland, dans les années 1980 modifient considérablement l’approvisionnement en saphirs. En effet l’exploitation minière dans d’immenses champs et la mécanisation permettent de fournir des quantités considérables en gemmes. Etats-Unis : C’est en 1865, que furent découverts les premiers gisements de saphirs au Montana sur le bord du Missouri et dans la mine de Yogo Gulch. Courant des années 1990, le saphir du Montana a été exploité massivement. Depuis son utilisation approvisionne le marché local ou national. France : Le saphir est présent dans le Massif Central, Puy de Dôme, Cantal, Haute-Loire ont fourni au Moyen-Age quelques beaux spécimens dont certains ont été gravés à l’effigie de rois de France. En 2016, de beaux exemples ont été extraits de rivières locales. Ils peuvent être acquis lors de foires aux minéraux.

Saphir

Etymologie - Légende

L’évidente diversité du mot saphir présent dans différentes langues, sauriratna en sanskrit car il est dédié à Saturne, il devient sampir pour les Chaldéens, sappheiros pour les Grecs, saphirus pour les Latins ou encore safir pour les Arabes, nous indique une connaissance large de cette gemme qui est « la chose la plus belle ». Les anciens attribuaient aux pierres une origine surnaturelle et toutes sortes de pouvoirs, découvrons ici certaines de ces histoires. Les saphirs sont «Là où les Cinghalaises agitent du bout de leurs doigts les tiges des jeunes fleurs du lavali, tombèrent les deux yeux de Daitya, d’un bleu foncé, d’un éclat pareil aux pétales des lotus épanouis. C’est pourquoi cette terre qui s’étend au bord des flots, avec une ligne ininterrompue de forêts de Retakas épanouis, abonde en somptueux saphirs qui font sa gloire.» extrait du livre L’empire des perles et des pierres précieuses.

Propriétés gemmologiques

Les propriétés gemmologiques servent à identifier les gemmes. Ces propriétés se structurent autour de trois items : propriétés chimiques, optiques et physiques. Nous ne passerons pas en revue toutes ces différentes propriétés. Cependant il nous semble intéressant d’en préciser certaines. Une propriété importante la valeur de l’indice de réfraction compris entre 1,759 à 1778. La biréfringence complète cette notion dont la valeur est comprise  entre 0,008 à 0,010. L’éclat de cette pierre fine est décrit comme étant vitreux à subadamantin. La dureté définie par l’échelle de Mohs, est de 9. La densité définie par la poussée d’Archimède est comprise entre 3,80 à 4,05. La diversité d’inclusions peut paraître complexe cependant elles aident grandement dans l’identification de cette pierre précieuse. De nombreuses inclusions peuvent être observées dans le saphir. Les inclusions  présentées sont les plus courantes classées par types d’inclusions. Les cristaux positifs : rutile, bohémite, apatite, spinelle, chromite, zircon, calcite sont souvent présents. Les cristaux négatifs : Inclusions 2 phases, plans de givres en aile de papillon, alignements de cristaux négatifs peuvent s’observer. Les particularités de croissance : zones de croissance droites ou en chevrons, plans de macle, coloration irrégulière accompagne souvent la pierre. Parfois des inclusions caractérisent des provenances n’étant cependant pas exclusives. Les courtes aiguilles de rutile dans les saphirs du Cachemire peuvent donner un aspect légèrement trouble, soyeux à la gemme. Les aiguilles de bohemite sont souvent associées à la provenance Thaïlande. Les alignements de cristaux négatifs et les longues aiguilles de rutile sont souvent présents dans les saphirs du Sri Lanka. L’observation d’un effet lumineux sous la forme d’une étoile à six branches ou de chatoyance  est due à la présence importante d’aiguilles de rutile et à la forme cabochon de la pierre. Il existe des saphirs trapiches, sorte d’« étoile » constituée de six bras squelettiques et de six secteurs de croissance s’étant développés à des vitesses différentes.

Famille – Couleurs

La famille minéralogique du saphir est le corindon, nous élargirons cette famille au rubis et aux saphirs de couleur jaune, vert, violet, orangé, padparadsha, rose, brun, doré, incolore, geuda. Il faudra attendre le début du XIXème siècle pour comprendre que saphir et rubis forme la même famille. Le saphir est une pierre précieuse comme le sont le rubis, le diamant et l’émeraude. Sa couleur bleue s’étend du bleu gris pâle au bleu clair au bleu foncé presque noir. Cependant la saturation recherchée est bleu sans sous-teinte grise, jaune ou verte. Un bleu bleuet délicatement velouté, ou un bleu-mauve lumineux sont très recherchés. Evoquer les couleurs du saphir c’est aussi parler des provenances. Au Cachemire le saphir a une teinte bleu bleuet, d’un velouté légèrement ouaté qui leur confère une beauté incomparable. Au Myanmar, le saphir est décrit bleu-violet à bleu, saturation moyenne à vive. Au Sri-Lanka, il est légèrement grisé, des tons souvent pastel de clair à moyen-clair. En Australie, le saphir est généralement bleu nuit. Royal blue, corneflower blue, inky blue, kachana, geuda, teal ces mots ont été introduits dans le négoce des saphirs et décrivent la couleur du saphir. Notons que les liens entre descriptions, couleurs et provenances peuvent s’avérer subjectifs et parfois vains. Car notons encore que les distances géographiques n’annulent en rien les similitudes géologiques, et de grandes ressemblances peuvent s’observer.

Saphir

La taille

Le saphir est généralement taillé à facettes, mais aussi en cabochon ce qui permettra de la valoriser lorsqu’il n’est pas de grande qualité. Le saphir est moins rare que le rubis et la taille des pierres bruts de volume supérieur. La beauté du saphir réside dans sa couleur, sa pureté et son poids. Tailler des pierres de plusieurs carats est imaginable.

Musée – Objets d’exception

Quelques spécimens seront décrits ici. The Richelieu Sapphires, appairage de saphirs de forme coussin pesant respectivement 26,66 et 20,88 carats suspendus à des étoiles formées par des diamants sont sertis sur une paire de boucles d’oreilles. La provenance du Cachemire est certifiée, de plus ils sont naturels et sans traitement thermique constaté. Ce bijou a été vendu 8 358 000$ soit 175 821$ par carat en novembre 2013 par la maison de vente aux enchères Sotheby’s à Genève.

Traitements possibles

Le traitement des gemmes sert à l’amélioration de celles-ci. Le traitement d’une gemme doit être signalé. La résistance du saphir face aux traitements et les améliorations constatées engendrent la diversité de traitements  effectués sur la gemme. Les améliorations recherchées sont la couleur, la transparence et la pureté du saphir. Le traitement ancestral car traditionnel est toléré, il n’est pas toujours décelable avec certitude même par les laboratoires de gemmologie. Les traitements thermiques modernes modifient la couleur et souvent les inclusions. Des traitements thermiques avec ajout de verre ou de béryllium dans la gemme sont effectués. Ces traitements sont parfois observables par les gemmologues et si un doute subsiste les laboratoires décèlent la modification. La complexité de certains traitements, la valeur économique souvent associée engendrent des interrogations. Un certificat réalisé par un laboratoire de gemmologie limite les hésitations.